Le Boycott d’Israël est une impasse (1)

screen-shot-2016-01-06-at-5-28-02-pmCet article traite du BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction). Je rappelle que j’ai également pris parti en faveur de Tel-Aviv Sur Seine. En effet, la question du Boycott ne permet pas à ce jour la création de deux états.

Dans la famille politique à laquelle j’appartiens, ce choix politique n’est pas anodin. Refuser le Boycott d’Israël et condamner la politique du gouvernement de Benyamin Netanyahou est possible, il s’agit aussi d’une nécessité.

Je ne reviendrai pas sur les théories idiotes et stupides qui affirment que le Peuple Juif n’existe pas comme c’est le  soutient Shlomo Sand. Je remarque que ces écrits sont très appréciés chez les antisémites, on le retrouve chez E&R en vente notamment. Pourtant, elles sont fausses comme le démontrent les dernières études.

Ainsi, on se doit de reprendre étape par étape pour mieux comprendre, je vais tenter d’expliquer un peu le Sionisme, ensuite parler des revendications du BDS, la loi du retour et l’antisémitisme au sein du BDS.

Dans un autre article, j’expliquerai : comment militer pour la paix en s’opposant contre le Boycott.

Le Sionisme

Le sionisme a pour objectif de fonder un Foyer National Juif. Il s’agit du droit à l’autodétermination des Juifs. Le Foyer National Juif est devenu l’État d’Israël en 1948.

hakbari20130109130019417_537_358Ainsi, l’anti-sionisme, c’est l’opposition et la déconstruction de l’État des Juifs (la traduction du terme Judenstaat pose problème, tout le monde n’est pas d’accord, certains y voient l’État Juif).

Si dans l’histoire, le mouvement sioniste n’est pas homogène, les opposants à la théorie de Herzl sont appelés les “non-sionistes”. Herzl était un socialiste, le programme qu’il défendait s’inscrivait dans la ligne social-démocrate.

Il semble nécessaire de rappeler que le Sionisme est né des pogroms meurtriers d’avril 1881 à mai 1882 et de l’affaire Dreyfus. Il expliquera que “dans la population, l’antisémitisme croît de jour en jour, d’heure en heure : il ne cesse pas de croître, car ses causes continuent d’exister et ne peuvent être écartées”. Il s’agissait de trouver une solution durable face à l’antisémitisme pour mettre en sécurité le peuple Juif. Différentes solutions furent proposées comme l’Argentine.

On pourra toutefois critiquer le Sionisme comme le fit Rosa Luxembourg (le droit à l’autodétermination est considéré comme bourgeois) ou le Bund (Union générale des travailleurs juifs). Mais encore une fois, la critique à cette époque (fin XIXème et début XXème) fait d’eux non pas des anti-sionistes, mais des non-sionistes. On pourra parler des a-nationaux qui s’opposent à tous les mouvements nationaux et donc le sionisme.

Parlons honnêtement de l’antisionisme. Il s’agit de refuser l’existence légitime du peuple Juif de recourir au droit à l’autodétermination et donc refuser Israël comme un état légitime, c’est-à-dire un état comme un autre. Le sionisme en soit, n’est pas si différent du travail que font les Kurdes pour posséder leur propre état.

Cependant, nous sommes arrivés ces dernières années dans une situation très compliquée. L’augmentation de l’antisémitisme n’est pas anodine, elle est la conséquence de certains protagonistes. Ces derniers se servent du conflit israélo-palestinien à cet effet. L’antisémitisme change de visage, il s’adapte. On a pu remarquer une transformation radicale dans le langage moderne. Le terme “sioniste” devient de plus en plus présent. Est-ce pour critiquer ? Non, c’est utiliser comme une insulte pour désigner l’Israélien qu’il soit prolétaire ou patron, ou en extension le Juif. Est-ce un amalgame ? Non, car dans la dialectique antisémite moderne, le Sioniste est vu comme le Juif d’Edouard Drumont. Pour reprendre une citation de Jaurès, le social-démocrate affirmait : Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots”. Beaucoup d’hommes et de femmes pour cacher leur antisémitisme, se cachent derrière l’antisionisme.

On ne pourra point refaire la construction de l’État d’Israël, c’est ainsi. Mais la question de l’antisionisme pose un véritable enjeu à gauche. Dans une grande majorité, l’utilisation de ce terme fait référence à l’opposition de la politique actuelle. Or, le problème, c’est qu’il existe une opposition sioniste au gouvernement israélien en Israël avec Yitzhak Herzog. Ce dernier est responsable de l’Union Sioniste.

En France, vous avez également des sionistes qui sont opposés à la politique d’Israël et d’extrême gauche (et chez des antifascistes). Il n’y a pas de contradiction.

La droit au Retour

L’une des principales revendications est “le droit du retour” afin de rendre la terre aux Palestiniens. Les terres Palestiniennes auraient été accaparées par les Israéliens.

Qu'est-ce qu'un état Palestinien positionné entre la mer et le Jourdain. Une Grande Palestine, sans Israël.
Qu’est-ce qu’un état Palestinien positionné entre la mer et le Jourdain. Une Grande Palestine, sans Israël.

67 ans après la Nakba, les choses ont changé. Le passé appartient au passé. La solution à deux états confère inexorablement qu’à chaque état, un peuple y demeure (avec des minorités). En Israël, il y a les Juifs, en Palestine, il y a les Palestiniens.

Pourtant, la théorie d’Omar Barghouti ne s’inscrit pas dans cette logique. Il souhaite que les Palestiniens  regagne : “leur domicile ou leur région d’origine”.  Pour le principal leader du BDS, les Juifs pourront donc tranquillement poursuivre leur existence dans un pays qui ne sera plus l’état des Juifs, le Judenstaat, mais un état arabe, un grand Etat Arabe.

Une autre question se pose : comment des personnes peuvent-ils se proclamer d’une paix juste et durable quand ils ont pour objectif de supprimer l’un des états par “le droit au retour” ?

Les partisans de la droite et de l’extrême droite israélienne sont, quant à eux, favorables à un Grand Israël (Eretz Israël). Le mouvement messianique est de plus en plus puissant. Les extrémistes des deux côtés ont le même projet, un grand pays pour un seul peuple en détruisant le peuple minoritaire.

L’antisémitisme au sein du BDS

Omar Barghouti dans sa réponse à Laurent Jauffrin affirme que :

Le fait que le BDS soit un mouvement des droits humains universels non-violent, rejetant toute forme de racisme dont l’antisémitisme.

Pourtant, lorsque nous nous intéressons au BDS sur la forme, l’antisémitisme n’est pas voilé, il est présent sur leur page Facebook, comme vous pouvez le voir dans ces quelques images.

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Dans les photos ci-dessus, il est dit que les “sionistes” dirigent la France, que ce sont des nazis, des assassins, des gens qui ont le pouvoir et qui aiment l’argent. Le rapport entre le Juif et le sioniste des différents auteurs est évident. L’antisémitisme saute aux yeux.

On pourrait prendre encore de nombreuses preuves à ce sujet. L’antisémitisme est omniprésent.

L’affaire du pharmacien juif à Mantes-la-Ville a fait beaucoup de bruit. L’antisémitisme de Bénédicte Bauret est évident. De plus, ce genre de propos antisémite n’est pas des faits isolés comme pourrait le prétendre, puisque Jean-François Demaison (candidat sur la même liste) en est un habitué aux dérapages antisémites.

Toutefois, je n’irai pas jusqu’à dire que l’ensemble des personnes qui refuse d’acheter les produits israéliens sont antisémites. Parfois, certains le font avec de la naïveté.

Les conséquences du Boycott ?

Le Boycott conduit inexorablement à long terme la transformation d’Israël (et de la Palestine) d’une économie de marché en une économie s’appuyant sur le colbertisme. La richesse interne circulera uniquement qu’à l’intérieur d’Israël. Dans une économie de marché, il s’agit de mesures citoyennes visant à asphyxier le commerce extérieur du pays. Cela aura pour objectif de déstabiliser la balance commerciale en la rendant déficitaire.

De Plus, le BDS à son plus haut aura un impact de l’ordre de 1 à 2 % de son PIB. Pourtant, la croissance israélienne est de 3 %. L’effet se fait sentir, mais n’empêche pas le développement de l’économie israélienne.

Les militants ont-ils compris que l’économie palestinienne dépend en grande partie de l’économie israélienne autant dans l’importation que dans l’exportation ? À ce jour, une majorité des exportations palestiniennes, malgré une exportation très faible a pour destination Israël. De plus, les Palestiniens sont travailleurs dans de nombreuses entreprises israéliennes. Si l’entreprise ferme pour cause de baisse du Chiffre d’Affaires, les palestiniens seront licenciés comme les israéliens.

Les dizaines de Mds d’euros ne changeront rien à la situation, au contraire le boycott renforce le sentiment du conflit. Il n’a pas permis de faire avancer les choses sur les dix dernières années, malgré les pertes infligées à l’économie israélienne.

De plus, le boycott est incomplet, il oublie volontairement les technologies israéliennes.

La Suite : Le Boycott d’Israël est une impasse (2)


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