Erdoğan est prêt à marcher sur Minbej et Raqqa

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Dans un discours, Recep Tayyip Erdoğan n’hésite pas à faire le ralliement aux frères musulmans en mettant les 4 doigts en l’air et en rentrant le pouce. Il s’agit d’un signe régulièrement mis en avant par les partisans de Mohammed Morsi en Égypte.

Le jeudi 27 octobre, Recep Tayyip Erdoğan dans une conférence de presse, a affirmé que “maintenant, nous avançons vers Al-Bab […] après cela, nous allons avancer vers Minbej […] et vers Raqqa”.

La politique du “zéro problème avec les voisins” (Komşularla Sıfır Sorun Politikası) semble également prendre l’eau, si ce n’est se noyer sous “les frontières du cœur”, symbole d’un pouvoir mégalomane menaçant toute la stabilité de la région au nom de frontière inexistante entre les états.

La ville Al-Bab s’inscrit dans la poursuite de l’attaque réalisée à Daqqib. Si les occidentaux ont salué cette attaque, il risque de se reproduire exactement la même chose à Minbej.

La ville de Minbej a été libéré des islamistes en août dernier par les Forces démocratiques syriennes (FDS). La ville a retrouvé sa liberté et les civils ont pu sortir de chez eux, reprenant le temps comme avant. La bataille a créé de nombreux réfugiés et causé de nombreux morts. La ville clef pour Daesh est un des points de passage vers Raqqa. Lorsque Erdoğan affirme qu’il va avancer Minbej, dans la bouche d’un purificateur ethnique cela sous-entend reprendre la ville de Minbej libérée par les FDS, mais aussi massacrer près de 25 % de la population au nom du terrorisme. D’ailleurs, le président confirme que son opération n’est pas destinée à Daesh, mais bien à la résistance non-étatique contre Daesh : “Nous n’avons pas besoin de groupes terroristes comme le PYD ou les YPG”.

La guerre ethnique d’Erdoğan affaiblit considérablement la guerre contre Daesh en diminuant le nombre de combattant qui combattent l’organisation terroriste. Le large focus médiatique sur Alep et Mossoul, couvre les massacres turcs. L’opération “Bouclier de l’Euphrate” se transforme en “Tigre de l’Euphrate”. Le tigre est certes bleu, mais le drapeau noir n’est pas bleu. Dans la volonté toujours croissante et expansionniste du régime turque, il n’est pas possible que leur volonté s’inscrive de vouloir contrôler les régions de Raqqa à Mossoul, de l’Euphrate jusqu’au Tigre, rêvant de reconstruire l’empire Ottoman autrefois disparu. Quant au bouclier de l’Euphrate, il peut aller jusqu’à Falloujah (libérée une fois de plus de Daesh).

Ainsi, les loups gris présents à Daqqib vont revenir obligeant la ville à replonger sous la Charia, comme sous Daesh. La collaboration de l’armée turque et des différentes armées de Daesh apparaît comme totale. Les civils retourneront à l’obscurantisme. En conséquence, l’état au islamique au soleil levant sera simplement remplacé par l’état profond turc dans différentes villes.

Quant à la bataille de Raqqa, au vu du contexte à Mossoul, de celui de Damas, Erdoğan a beau faire le fanfaron en affirmant que “Nous pouvons le faire ensemble, nous en avons la capacité”. Encore une fois, avec une armée si poreuse aux idées de Daesh, pas sûr que l’armée d’Erdoğan (déjà bien purgée pour le Sultan) puisse avoir la capacité de résister aux affrontements et à l’endoctrinement de Daesh. En effet, la Turquie de 2023 est une forme de mélange du Califat ottoman à la République de Moustafa Kemal (Atatürk).

Mise à jour 22h26 : Le Premier ministre, Binali Yıldırım a déclaré (ce matin) que “cependant, si des groupes que nous qualifions d’organisation terroriste comme le PYD ou le YPG sont inclus dans l’opération, nous ne serons pas là”. C’est la confusion entre le Sultan et son Premier ministre. Mais, les signes ne trompent pas. Il y a la volonté d’aller jusqu’à Raqqa.


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