Derrière Bernard Cazeneuve, l’autoritarisme

Bernard Cazeneuve a été nommé à Matignon par le président de la République, suite à la démission de Manuel Valls pour se présenter à la primaire du Parti “socialiste”. Il s’agit de la deuxième fois qu’un ministre de l’Intérieur devient premier ministre, sous l’investiture Hollande.

Dans un sondage (sans méthodologie) paru dans Le Figaro, le 7/08/2016, 53 % des personnes (sur 58 007 votants) ont répondu “oui” à la question suivante : “êtes-vous satisfait de la nomination de Bernard Cazeneuve comme premier ministre”. Par ailleurs, selon un sondage Odoxa, 985 personnes interrogées, 68 % des personnes se déclarent favorables à sa nomination. En conséquence, dans les deux sondage, on constate que globalement une majorité s’accorde avec sa nomination.

La part de l’électorat conservateur apparaît majoritairement favorable y compris dans un de leur journal d’opinion largement conservateur. Toutefois, à quelques mois des élections présidentielles, il sera en charge des affaires courantes, aucune “loi majeure” ne sera votée au sein du parlement. D’ailleurs, la fin des travaux de l’assemblée nationale se termine sur le mois de Février afin de préparer les différentes élections.

Il s’agit d’une volonté de François Hollande de miser sur la question de la sécurité en ce fin de quinquennat. Il est important de revenir sur certains évènements lorsque Bernard Cazeneuve était ministre de l’Intérieur.

Bernard Cazeneuve est l’un des responsables indirects de la mort de Rémi Fraisse dans la soirée du 25 au 26 octobre 2014 des suites d’une grenade explosive lancée de nuit contre les manifestants. Le 28 octobre 2014, il avait déclaré qu’il ne s’agissait pas d’une “bavure”. Rémi Fraisse est le Malik Oussékine de l’ex-ministre de l’Intérieur.

En réaction des attentats de Charlie Hebdo, de l’Hypercasher et de Montrouge, la loi relative au renseignement est adoptée le 24 juillet 2015. La question des écoutes téléphoniques, des boites noires ou encore la surveillance des ondes hertziennes interrogent réellement sur le fonde de la question. Ces lois restent inefficaces, il s’agit de la poudre aux yeux.

Le 13 novembre 2015, une série d’attentats simultanés oblige le président de la République à mettre en place “le régime de l’état d’urgence“. Ce régime ne servira que très peu contre le terrorisme lui-même, mais beaucoup en guise de représailles contre des militants écologiques notamment à l’approche de la COP21. Le sensationnalisme l’a emporté sur des débats de fond. La réaction sert la démagogie et le populisme comme un dessert, mais les attentats se sont succédés, les politiques sécuritaires n’ont pas fonctionné. D’autant qu’en dehors des attentats, les réactionnaires et les conservateurs ont utilisé de nombreux faits divers pour justifier les mesures liberticides. Il est évident que vouloir plus de sécurité, n’entraîne pas forcément plus de sécurité, si la personne confond “insécurité” et “sentiment d’insécurité” comme la quasi-totalité des partisans de la droite-extrême ou de l’extrême-droite, alors même vivant avec des régimes ultra-policiers, ils se sentiront toujours en insécurité.

Georges Brassens débutait la chanson les Oiseaux de passage par “Ô vie heureuse des bourgeois, Qu’avril bourgeonne”. Les bourgeois ont vu une perspective méliorative dans cette nouvelle loi mettant en avant une fois de plus la flexibilité au rendez-vous. Mais, le bourgeonnement d’une contestation n’était pas vraiment prévu par le gouvernement. De ce fait, le mouvement de protestation de la Loi Travail, l’ancien représentant de la place Beauvau n’avait pas hésité à utiliser les grands moyens pour faire passer ce projet de loi en force, tout en matant les manifestants. La répression contre les manifestants se résume par des coups de matraque, des grenades dans le visage, des tirs de flashball dans les yeux ou encore des canons à eau pour nettoyer les rues. La tentative d’interdiction des manifestations a traduit cette dynamique. Le but de ces manœuvres reste le maintien de l’ordre public. Les méthodes de retour à l’ordre se font exclusivement dans une logique de défense de l’état, c’est-à-dire de la classe dominante. La politique de la tension a créé nécessairement une tension politique opposant les classes sociales les unes entre les autres, avec une rupture toujours plus nette. La tentative de marginalisation des manifestants a produit nécessairement la volonté de diviser les opposants à la Loi Travail entre eux (dont certains protagonistes ont répondu favorablement à l’appel).

De telle manière, il n’est pas anodin que ceux qui ont appliqué les ordres de Cazeneuve ou des Préfets, votent largement en faveur de François Fillon ou de Marine Le Pen (on notera que le premier soutien le financement de l’organisation terroriste du Hezbollah et la seconde souhaite se rapprocher des Gardiens de la Révolution du régime des mollahs iraniens). Dans les deux cas, il s’agit d’un vote en faveur de la classe dominante et du patronat.

Nous avions eu également les forces de l’ordre qui manifestait contre la “haine anti flic“, tout comme la mise en dynamique de nombreuses manifestations policières suite à l’attaque également d’un véhicule à Viry-Châtillon. Dans les deux cas, on constate qu’il y a une revendication de moyens budgétaires, tout comme matériels pour mieux défendre les intérêts des classes dominantes au jour le jour. En période de crise, les pouvoirs régaliens ne subissent aucune réduction budgétaire, les budgets y augmentent régulièrement afin d’assurer le bon “ordre”.

Les corporations policières très puissantes restent des officines des différents partis conservateurs. D’ailleurs, ces dernières sont régulièrement opposées à la justice, dont ils aimeraient que le verrou de la séparation des pouvoirs puisse sauter comme la création d’un ministère de l’autorité voulu par Xavier Bertrand.

Plus récemment la couverture des conditions de la mort d’Adama Traoré soulève de nombreuses questions dans sa volonté de refuser la transparence.

Finalement, pour les classes populaires, la nomination de Bernard Cazeneuve est une très mauvaise nouvelle, puisque c’est bien contre ses intérêts que ce dernier se battra et terminera le mandat de François Hollande.


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