La posture paternaliste et ambiguë d’Erdoğan

Source : compte Twitter @RT_Erdogan

Erdoğan a accueilli ces derniers jours la jeune Bana Al-Abed, une petite fille de sept ans qui tweetait depuis les ruines de la ville d’Alep. La question du soutien aux rebelles se montre dans cette vision, mais pendant ce temps-là, Erdoğan s’est rapproché de Vladimir Poutine.

La guerre civile en Syrie ne peut masquer l’élan révolutionnaire de mars 2011. Erdoğan tente une approche médiatique d’une figure importante sur l’issue de la ville d’Alep, mais aussi sur sa propre personnalité. La conjugaison des deux éléments permet de focaliser les différents objectifs sur la figure du président de la république turque. Cette rencontre ne peut qu’être le fruit de différentes manœuvres pour tenter de mettre en avant le visage humanitaire d’Erdoğan et de sa politique. Ce volet s’inscrit dans la question des réfugiés syriens à un moment donné où l’Est de la Turquie est plongé dans une guerre civile, où l’armée turque bombarde et assassine ses propres compatriotes au nom de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme. Le terrorisme a bon dos en ce moment, puisqu’il permet de tout justifier.

Il faut également rappeler que Vladimir Poutine avait lui-même soutenu son homologue turc, lors du putsch raté de juillet dernier.

Ainsi, les différentes manœuvres montrent clairement qu’il y a une tentative de mettre son image humanitaire face aux civils qu’il a laissés bombarder au profit d’un rapprochement avec la Russie. Il s’agit du jeu double de la présidence turque.

Rappelons qu’Ankara avait abattu un avion militaire russe en novembre 2015 provoquant une crise diplomatique, des tensions, suivies de sanctions économiques entre les deux pays. L’heure est effectivement au dégel, et même, à un rapprochement, notamment dans la guerre civile syrienne organisée par le régime de Damas.

Malgré que l’ambassadeur russe en Turquie a été assassiné par un fervent partisan du président turc, la coopération s’intensifie. Les ultranationalistes s’inscrivent sur le terrain idéologique du djihadisme, sans que cela inquiète particulièrement le régime. Une position plus que contradictoire, puisque la petite fille sur les réseaux sociaux racontait justement les bombardements russes et de l’armée de Damas. On se doute bien cependant que la jeune fille n’écrivait pas seule, et que ses messages servaient de prétexte à de la propagande.

Toutefois, il ne suffit pas de recueillir un enfant pour changer les processus historiques en cours en Turquie comme en Syrie. En effet, l’image de l’enfant reste l’innocence, mais dans ce cas présent, il ne s’agit absolument pas de la neutralité. Lorsque Erdoğan prend Bana Al-Abed sur ses genoux avec son frère pour des séances de photos, il s’agit manifestement d’une posture paternaliste. Se transformer en “père de la Turquie” bien veillant est une image importante dans le cadre de construction dogmatique de l’idéologique politique à laquelle il appartient, mais aussi qui tente de perdurer.

Cette position tend à confirmer toutes les déclarations qu’il a faites vis-à-vis des femmes. Selon lui, elles sont nécessairement inférieures aux hommes, leurs missions est de faire des enfants. La femme d’Erdoğan a déclaré que “pour les membres de la famille ottomane, le harem était une école de la vie. C’était un lieu d’éducation où les femmes apprenaient la vie et organisaient des activités bénévoles. Et ce sont les sultanes validées qui gouvernaient ce foyer“.

Dans le cadre du projet de “la Turquie 2023”, Recep Tayyip Erdoğan souhaite se transformer en Moustafa Kemal, tout en infléchissant progressivement une république réputée “laïque” (dans les faits, il s’agit d’un concordat, puisque la Dyanet subventionne les cultes reconnus) vers une République islamique.

Venons-en maintenant à la question d’Alep. Nous affirmions en guise de conclusion d’un article précédent que les prochaines cibles seraient nécessairement la zone kurde par le régime de Damas. Le régime de Damas a ordonné au YPG un an pour quitter la ville. Les relations se réchaufferont nécessairement entre Ankara et Moscou, puisque l’une des cibles principales du régime d’Erdoğan se trouvera d’ici peu de temps dans le viseur de Moscou afin de terminer le “nettoyage” d’Alep. De plus, les réunions tripartites entre la Russie, l’Iran et la Turquie montrent que cette question risque de perdurer sur le long terme.

La carte n’est peut-être pas à jour.

Pendant ce temps-là, Daesh reste à un quinze-vingt kilomètres d’Alep.

Le grand oublié dans les bombardements d’Alep restent les djihadistes de Daesh qui se serviront de ces évènements pour leurs propagandes internes. Avec la perte de Palmyre, on peut dire qu’en substance l’un des grands vainqueurs de la situation à Alep reste Daesh.


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