Une écologie carniste dans l’assiette n’a pas de sens

Une écologie carniste dans l’assiette n’a pas de sens
Photo by Brooke Lark on Unsplash

L’écologie populaire a le mérite de remettre les fondamentaux à l’ordre du jour : la fin progressive du carnisme dans nos assiettes. En effet, le gouvernement peut critiquer les élus écologistes, notamment ceux de la ville de Lyon. Pourtant, il s’avère qu’en matière d’écologisme : le gouvernement reste à la traîne par rapport aux différents enjeux nationaux. Ainsi, le carnisme au-delà de sa cruauté apparaît comme une source profonde de création de gazes à effet de serre. De ce fait, la réduction dans un premier temps de l’alimentation à base de protéine végétale devient primordiale avant de bifurquer entièrement vers le végétarisme, puis le végétalisme.

Le carnisme : une boucherie dans l’assiette

La végétalisation de nos assiettes ne devrait pas créer de polémiques stériles. Pourtant, les exploitations agricoles restent sur les nerfs face à un changement profond de paradigme au sein de la population. Toutefois, il convient de notifier que nous parlons « d’exploitation ». Or, le sens d’exploiter tel qu’il est défini par le dictionnaire de l’Académie Française souligne : « Faire valoir un bien, le rendre productif, de manière à en tirer un profit ». Autrement dit, les animaux pour les éleveurs ne sont ni plus, ni moins que des « objets », dont ils en tirent le maximum de profits.

Face à une crise agricole qui dure depuis près de cent ans avec une avancée technologique importante, des marchés qui s’ouvrent et d’autres qui se ferment, les éleveurs continuent de creuser leur propre tombe, mais aussi de creuser la dette écologique. Au final, les éleveurs se comportent dans une logique corporatiste au travers de leurs syndicats des plus progressistes aux plus réactionnaires, des petites exploitations aux grandes exploitations.

L’écologie populaire se transforme également sous l’effet d’une demande importante obligeant le marché à s’adapter s’il souhaite s’ouvrir à de nouveaux débouchés. En effet, nous n’avons toujours pas basculé dans une société socialiste. L’économie est dirigée en partie les clients et la demande. Ainsi, il va falloir que l’ensemble de « la filière de la viande » s’adapte par rapport aux nouvelles attentes d’une nouvelle clientèle souhaitant devenir acteur à son échelle. De ce fait, un individualisme éclairé se met en place pour produire des effets à l’échelle d’un marché. Une restructuration progressive de « la filière de la viande » pour la transformer vers une autre gamme de produits devient nécessaire. D’autant que le métier de « boucher » attire de moins en moins d’apprentis. Il convient également de s’intéresser au sens de la boucherie : « Tuerie, massacre, carnage ».

Les Lobbys de la viande sont sur les nerfs

Face à un changement structurel du mode de consommation des Français, les lobbies de la viande sont sur les nerfs. Cela peut se comprendre la part du marché destiné à l’alimentation française s’envole en fumée. Dans le même temps, les sanctions économiques vis-à-vis de la Russie ne permettent plus l’exportation de la viande au pays de Poutine. La crise diplomatique a amplifié une crise économique préexistante. En ce qu’il concerne, l’élevage des cochons et des truites en Bretagne, la vente se réalise au travers d’un marché fluctuant d’une semaine sur une autre. Il s’agit du miracle tant voulu par l’Union Européenne qu’ils ont choisie.

Dans le même temps, la crise sanitaire liée en grande partie à l’élevage est venue mettre son nez dans un contexte complexe. En effet, le SARS CoV-2 a été détecté chez des cochons, de la volaille ou encore chez les visons. La pandémie a nécessité de prendre des décisions draconiennes en abattant l’ensemble de ces animaux. Toutefois, cela ne semble guère leur poser de problème de déontologie.

Ensuite, le premier confinement l’année dernière a complètement fermé l’économie entassant de nombreux destinés à l’abattage. Ainsi, nous avons vu apparaître des abattages clandestins afin de pouvoir écouler les stocks. Il n’y a pas qu’à la fête de l’Aïd où se trouvent des abattoirs clandestins, il y en a eu pendant la crise du Coronavirus. Pourtant, les pouvoirs sanitaires ont été plutôt cléments avec les éleveurs. Dans le même temps, la cellule DEMETER agit en sous-marin pour couper l’herbe sous les pieds des antispécistes. Autant dire que les différents services de la République Française ont une vision qui se résume à « deux poids, deux mesures ».

L’écologie populaire : végétalisation populaire

L’écologie populaire a le mérite de lier la justice sociale à celles des aspirations des classes populaires. Sans un changement passant par ce qu’il y a de plus intime : l’alimentation, l’écologie n’est que le fruit du greenwashing. Pourtant, le désir de rupture avec le modèle actuel devient de plus en plus important. Le citoyen est devenu acteur au travers de son porte-feuille. Cette forme d’individualisme a la particularité de créer des effets globaux au niveau des marchés. Dans une jungle où la concurrence se fait de plus en plus dure, les entreprises adaptent leurs offres par rapport à la demande afin de pouvoir survivre. Ainsi, le citoyen a la capacité d’influencer lorsqu’il agit en groupe d’influence vis-à-vis des entreprises.

Les classes populaires ont adopté pour la plupart un régime flexitarien bien avant qu’Interbev en fasse la promotion à coup de spots télévisés. Toutefois, les protéines alimentaires que l’on trouve dans l’alimentation carnée imputent le budget des ménages défavorisés. Or, les protéines végétales sont largement plus abordables et permettent d’une certaine manière d’utiliser l’argent pour d’autres activités comme celles des loisirs. Il semble nécessaire également de casser le mythe que la viande rendrait plus fort et plus viril. Cette analyse témoigne du machisme omniprésent chez les carnistes. Afin d’arriver à une certaine égalité entre les femmes et les hommes sur le plan alimentaire, le régime végétalien s’avère l’alternative progressiste et l’avenir de demain.

La végétalisation (ou écologie)  populaire au sein de nos assiettes n’est pas un contre-sens. Au contraire, il s’agit d’une prolongation de « l’émancipation populaire ». La viande a toujours correspondu dans une certaine manière à un produit de luxe. Aujourd’hui, son prix risque d’augmenter avec la raréfaction des boucheries. Les étalages dans les supermarchés peuvent se galvauder de mettre à disposition dans leurs étalages des rayons entiers de viandes sous plastique, mais les conditions d’élevage et d’abattage restent cruelles. De ce fait, le changement par l’alimentation devient primordial afin de couper également l’herbe sous les grandes surfaces. Dans le même temps, nous assistons (et c’est positif) à une augmentation crescendo des rayons « végétariens » et « vegan », dont de nombreux sont soumis à la Charte de la Vegan Society.

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