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Gilles Servat – dépliant touristique

Écrit par sur 14/04/2021

Dans ma convalescence, je vous fais parvenir la “pépite” que j’ai découverte il y a quelques années. C’est un chant de la classe ouvrière bretonne. Dans le contexte de la crise sanitaire livré avec un plan de relance de l’économie capitaliste pour soutenir les entrepreneurs et les actionnaires à coup de centaine milliards d’euros, il se cache un plan d’austérité et de réduction de la dépense publique hors norme. Le plus grand plan visant à préserver le statu quo d’une économie qui ne se relèvera certainement pas sur le long terme. En effet, la dette générée par la pandémie du SARS-CoV-2 a bondi de près de 20% du PIB en l’espace d’une année. Les années de rigueur de notre Thatcher national ne sont qu’un horizon comme les autres. En effet, la question d’un plan où la confiscation de nos droits au nom des “libertés économiques” s’inscrit dans la pensée de Friedrich Hayek.

La question de l’individualisme méthodologique intervient dans le même temps, dans une question de fond au sein de notre société. L’individualisme s’inscrit comme une mutation profonde de la société vers le néolibéralisme et l’ultralibéralisme. On ne parlera pas ici de l’anarchisme individualiste comme Stirner, mais d’une vision aux antipodes de ce que peut représenter l’anarchisme à moins de considérer la dérive de l’anarchisme individualiste vers l’anarcho-capitalisme comme ce fut le cas aux Etats-Unis d’Amérique. En effet, le moteur de fond d’une société qui considère que “l’individu est roi” s’inscrit dans une déconstruction fondamentale de la société. De ce fait, il appartient aux néolibéraux pour parler “politiquement correct” d’inscrire en substrat des nouveaux droits dans les différentes réformes alors qu’il s’agit dans les faits de créer de détruire l’organisation sociale de la société afin d’atomiser l’individu. En effet, le tissu social de notre société et les solidarités qui y résident sont brisés les unes après les autres. Dès lors, il convient de reprendre la seconde partie du refrain de Gilles Servat : “tous ensemble, tous ensemble”. 

Solitaire, solitaire
C’est la chanson des patrons
Tous ensemble, tous ensemble
C’est le chant des ateliers qui lui répond

Gilles servat – Dépliant touristique

La question de “la lutte des classes” devient nécessaire puisqu’il ne s’agit pas d’une théorie, mais de la matérialisation des antagonismes entre le salariat et la bourgeoisie. Dès lors, il se construit un rapport de force entre les mains de la “droite gouvernementale” et du “salariat”. Oui, j’utilise le terme “salariat” et non “prolétariat” puisque les “prolétaires” d’hier sont devenus les “salariés” d’aujourd’hui. Les conditions ont changé, mais l’exploitation est restée. En effet, on entend souvent les principaux partis politiques mettre en avant une politique de “relocalisation” de l’industrie. Mais cette époque est révolue. Effectivement, il faut sauver les usines qui restent, mais dans un système néolibéral, le “dumping social” devient une norme fondamentale afin de soutenir les profits dans le cadre où ces derniers sont soumis à ce que Karl Marx démontrait dans le capital : la baisse tendancielle du taux de profit. Dès lors, pour rehausser le taux de profit des entreprises (du moins les grandes), il y a des délocalisations pour arriver à augmenter de nouveau ce dernier. Dans l’absolu, les entreprises cherchent à maximiser les profits. C’est une vision standard de la société du capitalisme. Elles le font par tous les moyens à leurs dispositions.

La donne d’une opposition visant à considérer que l’individu est l’unité fondamentale de toutes les politiques budgétaires s’inscrit dans la première partie du refrain de Gilles Servat “solitaire, solitaire / c’est la chanson des patrons”. Il faut se méfier de la vision qui tend à métamorphoser le capitalisme comme moteur de progrès. Effectivement, la gauche radicale peut porter un projet purement Keynésien comme le fait actuellement Joe Biden aux Etats-Unis d’Amérique, mais il semble toutefois nécessaire de répliquer qu’une économie mixte sera toujours une économie capitaliste. La politique socialiste pourra attendre. Je ne parle pas d’un socialisme autoritaire comme ce fût le cas en Union Soviétique (bien que ce soit du capitalisme d’Etat). En effet, le socialisme nécessite une véritable transformation de la société et se crée à travers les luttes sociales pour arracher le pouvoir à la bourgeoisie. Les “ateliers” sont devenus des “open-space”. Même si avec la pandémie tout cela risque de changer. Toutefois, le rapport de force en vue des licenciements qui risquent de toucher près de 700 000 salariés se traduit effectivement par une vision boulimique du capitalisme.

Au final, nous l’aurions bien compris, il existe une vision objective qui se dégage de cette chanson, celle d’un chant ouvrier local et d’une dynamique visant à souder les “ateliers du XXème siècle” tout comme les “opens-spaces” du XXIème siècle. La question syndicale intervient à un moment donné où il s’avère nécessaire de porter une politique du monde du travail et de décrire le quotidien des luttes, c’est ce que réalise Gilles Servat dans les couplets de sa chanson.


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