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Une campagne sulfureuse

Écrit par sur 07/06/2021

La campagne électorale pour les élections départementales et régionales est lancée. L’extrême-droite et le patronat sont à l’assaut des électeurs déçus du « macronisme ». En effet, les mesures gouvernementales concernant les entreprises, les actionnaires et les grandes fortunes ne cessent de s’accroître, mais rien n’est fait pour la relance économique. En effet, elle ne permet pas de créer des conditions nécessaires à la reprise durable dans le temps.

La politique conjuguée à l’offre et la demande suivant les vieilles recettes ultralibérales ne permettent en aucun cas de faire rebondir le « carnet de commandes » des entreprises. De ce fait, la logique du « remboursement de la dette », la « théorie du ruissellement », la « main invisible des marchés », « la baisse des déficits » par l’austérité, la « dévaluation interne » et ainsi de suite, font partie entre autres de la doxa qui va de pair avec la ligne libérale la plus dure. Pourtant, l’extrême-droite parle très peu de son programme économique et elle le sait très bien. Elle a pour vocation de transférer sur une autre thématique pour attirer un électorat plus large : la sécurité. Une des raisons s’avère pourtant très simple : l’ultralibéralisme a besoin de l’autoritarisme[1]Adrien Mathy, « Carl Schmitt, Hermann Heller, Du libéralisme autoritaire », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, mis en ligne le 07 décembre 2020, consulté le 08 juin 2021. URL : … Continue reading afin de pouvoir exercer la « guerre de classes » qu’elle mène afin de protéger la propriété privée de la « classe dominante ».

En ce qu’il concerne la défense de la « République », nous sommes également face à une « branche armée du capital » qui défend les thèses racistes, misogynes, homophobes, etc. Dans ce cadre, il semble nécessaire de voir également que les « séditieux en uniforme ». La couleur du képi en bleu ou en vert kaki se transcrit comme une menace qui plane sur la République. La France n’est pas à l’abri d’un putsch. Ils voteront globalement pour l’extrême-droite au premier et au second tour.

Ainsi, il y a une ambition sécuritaire qui se débride afin de gagner le vote de ces personnes afin qu’ils puissent protéger non pas la sécurité des résidents en France, mais l’intérêt du capital à savoir l’extrême-droite. Dans ce sens, nous revendiquons l’abolition de la Police Nationale afin d’autogérer la question de la sécurité.

La réforme de l’institution de la place Beauvau est irréalisable dans les faits : les corporations policières mènent à la baguette les différentes politiques publiques. De ce fait, nous sommes face à des résidus du pétainisme. La « républicanisation » de la Police nationale ne pourra se réaliser dans les faits. Puisqu’elle est gangrenée à tous les échelons. Dès lors, il convient de « faire table rase » afin de faire reculer l’ensemble des violences policières et de la marche en avant de cette institution. Les flicaillons ou les soldats ne défendent par la République. Au contraire, ils la menacent tous les jours. Il faut en terminer avec cela.

L’électorat de Marine Le Pen le sait très bien que sa campagne se base sur la « Sécurité » sous un reflet de xénophobie. La campagne se veut locale, mais dans les faits, elle s’inscrira dans une campagne nationale. Les tracts de campagne du RN s’inscrivent également dans une vision ultracentraliste du pouvoir. Ainsi, si une région tombe dans les bras du RN, elle ne sera pas gérée dans les faits depuis l’assemblée des « super-régions », mais depuis le siège du parti politique qui se situe à Nanterre. Chez Révolution et Libertés, nous défendons la thèse d’un « fédéralisme intégral » afin justement d’éviter cette concentration du pouvoir dans les mains d’une minorité, mais aussi afin d’augmenter l’autogestion des régions, des départements et des communes. Dans les formes, le programme du RN se veut « localiste », mais il reste très jacobin au nom de « l’indivisibilité de la nation ». Ainsi, le projet que nous défendons s’apparente dans les faits comme potentiellement « libertaire » au travers d’une démocratie directe.

Dans le cadre de la gestion des communes sous l’extrême-droite, nous avons assisté à une baisse des « recettes fiscales » afin de redonner du pouvoir d’achat se traduisant par des politiques ultralibérales à l’échelle locale. Quant à la gestion interne du RN au niveau national, les différentes enquêtes mettent en avant la volonté d’un détournement de fonds afin d’enrichir les cadres du parti politique, mais aussi le fait de s’inscrire dans le cadre d’assistant parlementaire fantôme. Leur rôle n’est pas de servir la mission qu’ils ont à charge, mais de servir le parti politique. Dès lors ce qu’il se réalise au niveau du Parlement Européen se réalisera dans les différentes chambres du parlement national. Le RN et ses alliés n’ont aucun sens de l’intérêt général. De plus, ils sont les vecteurs d’un courant idéologique antagonistes par rapport à la vision de la souveraineté nationale. En effet, ils défendent la position idéologique de la Russie de Vladimir Poutine. Le RN n’est qu’une antenne comme une autre du Kremlin. D’ailleurs, qu’en est-il du remboursement du prêt russe ? Le parti de Marine Le Pen est au bord de la banqueroute.

D’un point de vue matérialiste, il y a également une vision très claire qui se dégage sur un fond de théorie du complot. En effet, les différentes thèses pseudo-scientifiques pullulent sur les différents réseaux sociaux au point que nous constatons également une transformation du courant antivaccin se déplaçant de la sphère new-age vers l’extrême-droite. Cela inquiète réellement puisque la défense des « libertés économiques » comme ce qui a été le cas aux États-Unis d’Amérique sous Donald Trump ayant conduit à la mort près de 500 000 personnes ou au Brésil sous Bolsonaro avec le dépassement de plusieurs centaines milliers de morts tout comme la création d’un bouillon viral propice aux mutations du Coronavirus ou même l’Inde, dont la catastrophe sanitaire s’amplifie de jour en jour. Ainsi, les différentes politiques de santé publique seront soumises à la « loi du profit ». Dans le même temps, il y a également une volonté de revenir sur la privatisation de la « Sécurité Sociale » afin de la remplacer des « assurances privées ». Autrement dit, il s’agit de déstructurer l’ensemble du tissu social afin de laisser les capitalistes s’enrichir. Et dans le même temps, ils mettent en avant une position comme se prétendant des opposants au système alors qu’ils n’en sont que les valets.

Sur la question syndicale, il apparaît fondamentalement clair que l’extrême-droite s’est fait le champion dans les différentes répressions au niveau des syndicats dans le cadre des municipalités. Dès lors, il convient de souligner qu’un « syndicalisme révolutionnaire » prônant la révolution prolétarienne devient une évidence afin de faire tomber l’ensemble de l’idéologie de l’extrême-droite en ce qu’il concerne le marché du travail. Les travailleurs qui seraient tentés de voter pour l’extrême-droite peu importe l’obédience devront assumer également la ligne antiprolétarienne. L’alliance entre le patronat et l’extrême-droite n’a rien de nouveau. L’extrême-droite reste dans les faits le meilleur moyen pour briser les différentes luttes sociales afin de satisfaire l’appétit des différents marchés économiques. D’autant qu’ils savent jouer la carte de la division entre les prolétaires puisque ces derniers sont sans cesse opposés aux résidents qui n’auraient pas la bonne nationalité. Mais le discours se traduit par une volonté de défendre les « nationaux » face aux « étrangers ». Hier, ce fût les Polonais, les Espagnols, les Italiens, etc, la position a toujours été la même. Pourtant, lorsque l’on dissèque de façon rigoureuse. On se rend bien compte que cette division entre le travailleur national et le travailleur immigré n’a que pour objectif : faire pression sur les bas salaires et augmenter le profit des capitalistes.

La question également d’un néolibéralisme à la carte afin de s’opposer aux « méchants mondialistes » se traduit dans les faits par la création d’une certaine forme de protectionnisme vis-à-vis de certains produits et services. La hausse des taxes et des barrières douanières, comme le raconte la fable réactionnaire, est censée accroître les salaires des classes populaires. Dans les faits, cela se concrétise par un accroissement de l’assouplissement du « marché du travail » afin que les travailleurs soient davantage mis en concurrence les uns aux autres. Le protectionnisme reste un outil du capitalisme afin de défendre le capital national en période de crise et n’a jamais servi les intérêts de la classe ouvrière. Lorsque l’extrême-droite et le RN prônent une vision protectionniste de la société, elle distille les vieilles thèses en termes stratégie étatique. Toutefois, on peut se poser des questions sur la nature même de la vision économique. En effet, dans une économie mondialisée et interdépendante entre les pays. Le retour au protectionnisme signifierait un « grand bon en arrière ». Le néoconservatisme apprécie « la nostalgie du passé ». Toutefois, l’âge d’or entre le XVIII et XIXème siècle tend progressivement à marquer une vision dépassée et clairement dangereuse pour l’ensemble de la société. On ne peut construire du neuf avec du vieux. Ainsi, le décalage entre les différents siècles démontre également que l’on a faire à des personnes souhaitant revivre un « âge d’or » de la France, mais cela est équivalent pour les autres pays. Cependant, cet âge n’est qu’une façon de renchérir la nostalgie d’une époque révolue.

Les différents sondages et les médias libéraux tendent à préparer l’opinion afin de créer un terrain propice au néofascisme. Dès lors, le danger provient en particulier d’une classe dominante n’ayant aucune « morale » puisqu’elle se base sur le caractère ambiant afin de défendre ses intérêts. Autrement dit, il y a d’une certaine manière de construire non plus un « front républicain », mais un « front antifasciste ». Il y a une nuance importante entre les deux. En effet, les digues ont cédé dans le « front républicain » dès lors que des élus apparentés comme partisan du « front républicain » reprennent et distillent la rhétorique lepéniste. Au moment où le « barrage républicain » cède alors la vague emporte tout sur son passage et la lepénisation des esprits devient la « parole dominante ». Dès lors, s’exclamer des idées de Marine Le Pen progresse alors que les différents pouvoirs ont servi de relais à ces dernières. Cela se traduit dans les faits par un « front antifasciste » nécessitant une véritable alternative face aux idées de l’extrême-droite.

En effet, il ne suffit pas simplement de s’opposer aux idées de l’extrême-droite pour les faire reculer. Il semble nécessaire de faire converger la « classe laborieuse » vers une ligne qui dépasse largement le cadre « républicain », mais une ligne qui s’inscrit dans les faits dans l’opposition idéologique à la « bien-pensance » de combattre l’extrême-droite. On constate d’ailleurs que les partisans du « Front Républicain » issu de la classe dominante sont les premiers à vouloir la dissolution des organisations antifascistes sous prétexte que ces dernières seraient des mouvances dangereuses et « antirépublicaines ». Dès lors, le « Front Républicain » est mort puisque la grande majorité de la bourgeoisie qui soutenait ce dernier s’est raillée à l’extrême-droite. Ainsi, il convient non plus seulement de battre l’extrême-droite, mais aussi les partisans d’un « pseudo-front républicain » pour garantir la pérennisation des idées de l’extrême-droite dans le débat politique. De ce fait, la bataille contre le RN se concrétise contre la bataille des valeurs, des idées et de l’orientation politique. Ainsi, les partisans d’Emmanuel Macron, de Laurent Wauquiez ou Xavier Bertrand, Nicolas Dupont-Aignant, etc., sont les premiers à s’enrichir du programme de l’extrême-droite dans le cadre d’un opportunisme afin de « faire barrage » dans le sens de récupérer les idées de l’extrême-droite, les recycler, et les certifier « républicaine ». Nous n’accepterons jamais une telle mise en œuvre chez Révolution et Libertés. La défense de la République passe par la défense des valeurs qui ont permis de renverser la monarchie, le bonapartisme, l’orléanisme, etc.

Il y aura une manifestation pour défendre les « libertés individuelles » le samedi 12 juin. Mais la question réside dans le fait qu’il ne semble pas simplement nécessaire de « défendre » et se positionner dans une « stratégie défensive », mais de combattre pour les « libertés individuelles et collectives ». Défendre les « libertés publiques » c’est une tendance très abstraite pour ne pas dire qu’il s’agit de « lutter contre l’extrême-droite » et ses « alliés ». Dans ce cadre, il convient de souligner que nous ne devons pas mâcher nos mots en désignant de façon claire et précise ce qui ne ressemble plus à un adversaire, mais à un ennemi politique. En effet, la question de se positionner en « adversaire » consiste à « républicaniser » la personne qui n’a pas les mêmes idées que les nôtres. Or, les adversaires de la « République » n’ont pas à être mis le même piédestal, mais en dehors de la « République ». On peut dialoguer avec un adversaire, mais pas avec un ennemi politique.

Cela se concrétise par une politique diamétralement opposée et des valeurs prônant une « République Sociale » loin de la pensée issue des courants d’Ordre Nouveau ou d’Occident. En effet, la société post-capitaliste qui se défend dans les différents courants alternatifs se traduit par une rupture franche. En effet, le mouvement néolibéral a démontré qu’il était entièrement soluble d’un point de vue idéologique dans les thèses les plus réactionnaires de l’extrême-droite. Ainsi, le rêve que nous faisons s’inscrit dans les faits dans le dépassement du capitalisme au travers d’une société ouverte sur le monde.

Les différentes nébuleuses d’extrême-droite avancent avec un masque afin de cacher le vrai visage de leur programme politique. La mouvance fasciste a beau faire en sorte de renouveler ses visages. Cela se traduit par une vision très agressive sur les réseaux sociaux, mais aussi sur l’agenda politique. En effet, l’extrême-droite mène à la baguette le calendrier et les débats sans que cela ne puisse perturber les « pseudo-républicains ». De plus, nous assistons à une « fascisation » de la « droite républicaine » et de la « droite gouvernementale ». Les néolibéraux le savent très bien que le « néofascisme » reste une solution afin de défendre le capital, les patrons et la propriété privée. En effet, le pays plonge dans une des innombrables crises structurelles et internes du capitalisme. Pourtant, le « parti des bruns » a beau réaliser une dédiabolisation afin de rendre acceptables les idées de ces derniers au niveau de la population. Pourtant, l’arrière-boutique n’a pas changé d’une bride.

La démocratie représentative subit une crise de fond. La légitimité des élus est remise en cause de façon structurelle. Ainsi, certaines personnes recherchent des personnalités politiques comme étant providentielles. Toutefois, nous le savons très bien : personne ne peut sauver le prolétariat, car le prolétariat doit se sauver lui-même de l’enfer des chaînes qui l’oppressent dans ses usines du XXIème siècle. La réappropriation de la démocratie au travers des différents mouvements sociaux tend à inscrire l’extrême-droite comme une alternance au vu des réformes de surface qu’elle réalisera comme le passage à la proportionnelle. Mais, il y a toujours une anguille sous la roche. En effet, dans l’exemple du RN, le parti majoritaire à la proportionnelle obtiendra de facto la majorité à l’Assemblée Nationale faussant de ce fait la représentativité, mais permettant de créer une politique de fer à son image. Ainsi, derrière une vision démocratique se tient dans les faits une vision despotique du pouvoir politique. En effet, l’installation de l’extrême-droite par les urnes reste un outil pour accéder et ne plus lâcher le pouvoir comme l’ont réalisé les différentes démocratures et dictature d’extrême-droite.

Pourtant, la façade du parti politique cache dans les faits un ensemble de groupuscules d’ultra-droite qui sert à promouvoir et à fournir les cadres du principal parti d’extrême-droite. En effet, la base militante ne change pas. Au contraire, elle n’a pas des rêves de démocratie, mais une vision ancrée dans une « guerre civile raciale ». En effet, sous des théories complotistes s’inscrivant dans la réécriture de l’Histoire et des sciences sociales, il semble nécessaire de voir la menace qui guette aux quatre coins de l’Hexagone. En effet, la « guerre civile espagnole » peut se transformer en une « guerre civile française ». Cela signifie que le mouvement Versaillais après avoir massacré et commis un « génocide » contre les communards en raison de leur appartenance politique, est prêt à recommencer une telle vision afin de défendre les valeurs d’une France éternelle. En effet, la personnalité providentielle s’inscrit dans la ligne des monarchistes, des bonapartistes, des partisans d’Adolphe Thiers ou encore de Pétain. La guerre qui vient, débridera et décomplexera encore davantage la parole raciste. En effet, les « oppresseurs » se jouent en « victimes ».

Finalement, vous l’aurez compris, l’extrême-droite ne se résume pas uniquement à un seul parti politique, mais dans les faits à un ensemble de corpus idéologique. Sans un « front antifasciste » et « révolutionnaire » qui ne mâche pas ses mots, alors la France tombera dans le guêpier néofasciste et les conséquences seront très lourdes tout comme la mémoire de ceux qui sont tombés sous les nazis et collaborationnistes de Pétain, mais aussi des assassinats par les néonazis qui furent nombreux, dont Clément Méric.

References

References
1 Adrien Mathy, « Carl Schmitt, Hermann Heller, Du libéralisme autoritaire », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, mis en ligne le 07 décembre 2020, consulté le 08 juin 2021. URL : http://journals.openedition.org/lectures/45862 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lectures.45862

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