Laurent Bouvet : l’extrême-droite perd un de ses soldats

Laurent Bouvet : l’extrême-droite perd un de ses soldats
Laurent Bouvet, co-fondateur du Printemps Républicain, est décédé suite à la maladie de Charcot. Il n'a pas emmené ses idéologies identitaires et racistes avec lui.

J’apprenais ces derniers jours le décès de Laurent Bouvet, cofondateur du Printemps Républicain suite à la maladie de Charcot. Il paraît qu’il y a un temps pour le deuil, un temps pour les débats. Pourtant, il ne fait guère de doute qu’il n’y a aucun temps pour le premier. Les politiciens ont émis des hommages en cascade. Mais une personne si aigrie de la République, si âpre de la laïcité méritait-il une telle couverture ? Cela en dit long de la « dépolitisation du débat ». Ainsi, de nombreuses voix se sont exclamées pour lui rendre un hommage « post-mortem » le considérant comme un valeureux soldat de la République et la Laïcité.

Une vision dont je ne partage point tant son mouvement ne portait pas « l’universalisme » et sa « laïcité » était clairement dévoyée de tout son sens. L’universalisme mis en avant apparaissait clairement comme une valeur contraire à l’universalisme des Lumières. Au travers d’une « vision binaire », les personnes n’appartenant pas à « l’universalisme » selon le Printemps Républicain étaient vues comme des « indigénistes ». Ce mode de pensée typiquement booléen en disait long de l’immaturité d’une pensée politique faite de sophismes.

Laurent Bouvet et ses partenaires se sont élevés contre « l’observatoire de la laïcité » en considérant sous fond de complotisme aigu la vision d’une emprise par « l’islam politique ». Dès lors, défendre la « Loi de 1905 » était devenu comme celle d’une appartenance à « l’islamisme » et ceux qui la soutenaient des « islamistes ». Laurent Bouvet aurait très bien pu écrire des articles chez « Riposte Laïque ».

Comment la gauche a-t-elle pu se laisser endoctriner par une petite « secte » faite de « boomers » au nom de la lutte contre « l’indigénisme », « l’islamo-gauchisme » et désormais la « culture woke » (dont ils n’ont jamais lu d’articles à ce sujet) ? Pourtant, le « Printemps Républicain » s’enracine très bien dans la culture typique de « l’ethno-différentialisme ». La vision de créer un « séparatisme » entre les « bons » et les « mauvais » citoyens s’est créée au sein de ce groupuscule. La loi contre le séparatisme incarnait clairement une vision de « séparer » les « citoyens » en fonction de leur religion. Cela correspondait clairement à la suite de l’assassinat de Samuel Paty comme une volonté de mettre sous tutelle les différentes mosquées, mais pas les églises traditionalistes faisant la messe en latin, dont les discours sont clairement opposés semaine après semaine aux valeurs fondamentales de la République restent ouvertes. L’égalité n’est dès lors pas la même chose entre les fanatiques du catholicisme et ceux de l’islam. Étonnant non ?

L’obsession en disait long concernant les « musulmans ». De telles sortes, qu’ils ont réussi à faire fermer l’Observatoire de la Laïcité jugé « islamo-gauchiste ». En effet, la pénétration des idées, puis la lente diffusion au sein de la société a permis de supprimer une instance fondamentale afin de veiller au bon respect de la laïcité telle qu’elle a été conçue au travers des différentes lois. Or, la délaïcisation progressive de l’ensemble du corpus laïc a permis de créer une surenchère raciste. Oui, Laurent Bouvet était raciste. Oui, Laurent Bouvet militait pour l’abolition du corpus laïque. Oui, Laurent Bouvet militait pour le séparatisme religieux. Marlène Schiappa et Jean-Michel Blanquer incarnent ensemble ce virage autoritaire. Les néo-laïcs et les néo-socialistes partagent ensemble la même vision de la nation : Ordre, Autorité et Concordat.

Son mouvement (devenu parti politique) incarnait tout ce que l’extrême-droite adorait faire comme le fait de harceler les journalistes par un groupe. Dans une démocratie libérale, la « liberté de la presse » est une valeur sacralisée. Pour autant, la meute qu’il lançait régulièrement avec ses partisans relevait de la paranoïa. En effet, la thèse soutenue par le Printemps Républicain n’est guère différente de celle du parti « Reconquête » d’Éric Zemmour. Être de gauche ce n’est pas reprendre les thèses de Houellebecq au travers d’une Soumission. Oui, la théorie farfelue du « grand remplacement » prenait corps également dans l’œuvre romanesque d’une « nouvelle droite ». Mais, la « gauche bien-pensante » s’inscrivait à voir dans le « Printemps Républicain » une référence au « Printemps Arabe », mais dans les faits, il s’agissait plutôt de « l’Automne Français ».

Finalement, Laurent Bouvet et ses acolytes participaient à une guerre numérique visant à détruire tout ce qu’il n’allait pas dans leur sens. Nous n’étions pas des adversaires, mais bien des ennemis à ses yeux. Cela tombe bien, ce fut la même chose pour moi. Je repense à toutes ses campagnes de désinformations que j’ai vues. Il ne pouvait que participer à la volonté d’en finir au niveau de la République et de ses valeurs. Il ne suffit pas d’avoir le terme « républicain » pour s’en réclamer. Démonstration en démonstration, la réalité fut que le couperet tomba : les compagnons de route de Laurent Bouvet incarnaient tout ce que la « gauche républicaine laïque » rejetait. De fil en aiguille, ils se sont estomaqués de la montée d’Eric Zemmour dans le débat public alors que la filiation politique s’inscrivait dans leurs rangs. En d’autres termes, la « gauche » n’a rien perdu autant dans la forme que dans le fond.

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