Lire Rosa Luxemburg n°2 | Dans l’asile de la nuit (2/2)

Lire Rosa Luxemburg n°2 | Dans l’asile de la nuit (2/2)
Photo by Radek Kilijanek on Unsplash

Lire | Nous le disions dans le premier article de l’analyse d’un texte majeur de Rosa Luxemburg : la question des asiles psychiatrique, des hospices et autres lieux pour recueillir les plus miséreux permet de mettre en perspective l’idée que génère le capitalisme. En effet, au travers d’une ligne narrant progressivement la condition humaine à savoir totalement déshumanisée, l’idée même que le gouffre qui sépare des personnes ayant tout perdu et l’idée même de la folie.

La lecture apparaît comme nécessaire au sein d’une société qui perd son approche sur l’approche de “lire”. Mais la question se résume où trouver des ouvrages, des textes, des essais qui permettent de se questionner. Or, l’une des constantes majeures dans les différents contextes politiques s’avère entre autres de se connecter à la réalité d’une société afin de ne pas être en dehors.

Concrètement, il semble nécessaire de différencier les époques. Un siècle s’est écoulé entre le moment où l’article a été rédigé et notre époque. Nous avons énormément appris notamment sur les différents dysfonctionnements du cerveau. La folie qui était considérée comme quasiment un péché de Dieu avec des “soins” (je mets en guillemets) qui n’en étaient pas vraiment, mais plutôt des expériences réalisées sur des cobayes. La lecture retrouve au travers de cette dimension une réalité sociologique. Ainsi, les “asiles” tel est le nom de l’article touche les miséreux, les mendiants et les prostituées. L’endroit pour y retrouver ne s’avère pas vraiment être le cas. Les épidémies prolifèrent constamment comme la Tuberculose. L’idée au travers de cet écrit de 1912 permet de replacer la contradiction entre les différentes classes sociales, mais aussi entre les pauvres et paupérisés. Au travers de ce regard : on comprend mieux une réalité.

Je pense sincèrement que lire Rosa Luxemburg à une époque accélérationniste en termes de mouvement sociaux permet concrètement de s’approcher dans différents éléments, mais aussi de montrer ce qu’il ne se montre pas. Il s’agit de briser les tabous de fond en comble.

Rosa Luxemburg montre une réalité différente que celle bien glauque également d’une société qui relègue les marginaux au travers de différentes structures. La condition de la marginalité se résume à vivre à la marge d’une société. Le capitalisme n’aimant pas ces personnes qui ne produisent rien en termes de surtravail et de plus-value les cloisonne au travers d’institut spécifique. Ainsi, la psychiatrie en 2022, parent paupérisé de l’assistance publique permet de souligner qu’au travers des époques que le soin a évolué, mais les conditions demeurent assez austère. L’idée même d’une ouverture à la concurrence entre les cliniques et les hôpitaux publics donne un ton nécessaire. Au travers de cette dimension, on se rend bien compte que le “validisme” apparaît comme incorporé à la société en question. Au travers de la lecture de ces quelques lignes :

Notre société, en gros, a l’air de respecter les convenances : elle prône l’honorabilité, l’ordre et les bonnes mœurs. Certes il y a des lacunes dans l’édifice de l’État, et tout n’est pas parfait dans son fonctionnement.

Continuons la lecture :

Mais peu à peu ses forces le trahissent. Une période de chômage plus longue, un accident, la vieillesse qui vient – et l’un d’eux, puis un second est contraint de se précipiter sur le premier emploi qui se présente : il abandonne sa profession et glisse irrésistiblement vers le bas. Les périodes de chômage s’allongent, les emplois se font plus irréguliers. L’existence du prolétaire est bientôt dominée par le hasard ; le malheur s’acharne sur lui, la vie chère le touche plus durement que d’autres. La tension perpétuelle des énergies, dans cette lutte pour un morceau de pain, finit par se relâcher, son respect de soi s’amenuise – et le voici debout devant la porte de l’asile de nuit à moins que ce ne soit celle de la prison.

Terminons enfin cette lecture par une résonnance fruit d’une intemporalité :

Chaque jour des sans-abri s’écroulent, terrassés par la faim et le froid. Personne ne s’en émeut, seul les mentionne le rapport de police. Ce qui a fait sensation cette fois à Berlin, c’est le caractère massif du phénomène. Le prolétaire ne peut attirer sur lui l’attention de la société qu’en tant que masse qui porte à bout de bras le poids de sa misère. Même le dernier d’entre eux, le vagabond, devient une force publique quand il forme masse, et ne formerait-il qu’un monceau de cadavres.

Finalement, on se rend bien compte que la force des lecture de Rosa Luxemburg se traduit dans les faits comme d’un élément faisant écho aujourd’hui. Ainsi, 110 ans ont passé, mais l’enracinement d’un tel écrit décrivant méthodologiquement la condition de misère des ouvriers rappelle celle d’aujourd’hui où la période n’est pas avantageuse. La misère progresse et gangrène la société. Il semble constant de voir que les éléments apparaissent substantiellement pour continuer d’autres texte de la fondatrice de la Ligue Spartakiste.


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